Avant on me connaissait sous le prenom : svetlana

On me demande souvent pourquoi je m’appelle Svetlana.

La vraie réponse, c’est que je ne m’appelle pas Svetlana. Je m’appelle Tamara. Tamara den Hartog, fille d’un papa Hollandais-Alsacien et d’une maman Alsacienne, qui ont choisi ce prénom simplement parce qu’ils l’aimaient. Pas d’histoire russe, pas d’ancêtres slaves, pas d’accent de l’Est, juste un prénom qui leur plaisait.

Svetlana, c’est autre chose. Svetlana, c’est un surnom qui m’a été donné au lycée, en 2009, par une amie au détour d’une conversation. Elle ne savait pas, à ce moment-là, qu’elle était en train de me nommer pour les dix années suivantes

La naissance d'un masque ou d'une armure

Quand j’ai commencé la photographie artistique, j’avais un « vrai travail ». Et parce que je débutais par le nu artistique, il m’a semblé naturel, nécessaire même, de séparer les deux. De protéger ma vie professionnelle de ma vie créative. De construire une frontière.

Svetlana est devenue cette frontière.

Elle m’a d’abord protégée face à une menace reçue sur les réseaux sociaux. Un réflexe de survie, presque. Puis elle a pris de l’épaisseur, de la consistance. Les gens que je rencontrais apprenaient mon vrai prénom quelques semaines plus tard, mais ne pouvaient plus revenir en arrière. Svetlana avait pris racine.

Alors j’ai laissé faire. J’ai laissé Svetlana exister.

Un prénom qui portait déjà tout

Le jour où j’ai créé mon logo, j’ai cherché l’étymologie de ce surnom que je portais sans l’avoir choisi. Et j’ai découvert que Svetlana vient du mot slave sviet : lumière, clarté.

Quelque chose s'est mis en place, comme si c'était écrit.

Ce prénom que j’avais utilisé pour me cacher portait, en lui, exactement ce que je cherchais à faire avec la photo : chercher la lumière. La révéler. Sous Mariage à Deux, sous Abattoir Onirique, sous Nymphotographie, toujours la même quête, toujours la même main derrière l’objectif.

Les multiples visages d'une seule personne

Pendant longtemps, j’ai multiplié les identités comme on range les choses dans des tiroirs séparés.

Abattoir Onirique pour la photographie artistique, les images qui me traversent, les projets qui n’obéissent à aucune commande.

Mariage à Deux pour les mariages, la joie des grands jours, les émotions que je capturais avec tout mon cœur.

Nymphotographie pour l’argentique, cette pratique lente et sensorielle qui m’ancre dans quelque chose d’essentiel.

Des tiroirs distincts. Des mondes parallèles. Mais la même personne qui ouvrait chacun d’eux chaque matin.

Le coming out d'un prénom

Il y a deux ans, j’ai senti que quelque chose devait changer.

Mariage à Deux m’enfermait dans une seule case, le mariage, alors que j’avais envie de quelque chose de plus large, de plus vivant. Des familles, des moments du quotidien, des instants de vie authentiques, pas seulement des grandes célébrations.

J’avais aussi envie de me montrer, moi. Pas derrière un pseudonyme, pas derrière une marque. Juste Tamara.

J’ai donc fait mon « coming out » de prénom. J’ai commencé à signer Tamara, à me présenter sous mon vrai nom, à laisser tomber les masques un par un.

Certains m’appellent encore Svetlana. Et ça ne me dérange pas du tout, parce que Svetlana fait partie de ce que je suis. Elle était réelle. Elle m’a appris des choses que Tamara ne savait pas encore.

Toutes ces femmes sont moi

Ce que j’ai compris, au fond, c’est qu’on n’est jamais une seule chose.

Svetlana était une période. Une période d’apprentissage, d’exploration, de construction. Une époque artistique majeure dans ma vie, où j’apprivoisais à la fois la photo et moi-même.

Abattoir Onirique, Mariage à Deux, Nymphotographie : ce sont des facettes, pas des fragments. Elles ne se contredisent pas. Elles se complètent.

Et derrière chacune d’elles, il y a toujours eu la même femme avec son appareil photo, qui cherche la lumière.

Je m’appelle Tamara.

Et c’est la première fois que ce prénom me va vraiment comme un gant.